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Mayerling, l’ultime retour… Extrait

Dernière mise à jour : 14 avr.



Vienne, 27 janvier 1889


La soirée de gala suivie d’un bal en l’honneur de l’anniversaire de l’empereur allemand, Guillaume II, qui se tient à l’ambassade d’Allemagne doit rassembler plus de six cents invités. Toute l’aristocratie y est présente. Les uniformes militaires ainsi que les habits élégants des diplomates se mêlent aux robes somptueuses des invitées. La baronne Vetsera y est également conviée ainsi que ses deux filles et elle a fait la morale pendant plus d’une heure à sa fille cadette, craignant une attitude déplacée de sa part. Elle n’acceptera aucun écart ni aucune erreur.


Les trois femmes sont très remarquées dès leur arrivée. La baronne porte une robe de soie noire assortie d’un collier de diamants en forme de lierre. Sa chevelure est retenue par des épingles serties de brillants et une plume blanche de héron. Hanna, très réservée, porte un simple collier de perles sur une robe blanche.


Tous les regards se tournent vers la jeune Mary. Le duc de Bragance jubile d’avoir à son bras celle qui va bientôt devenir son épouse. La baronne, l’après-midi même, lui avait donné son consentement et lui avait garanti qu’elle avait obtenu l’aval de sa fille. ll ne comprend pas le subit revirement de Mary, mais en est très heureux. Il va ainsi la sauver non seulement de la disgrâce, mais aussi d’un éventuel scandale. Il lui importe peu qu’elle ne soit plus vierge. Elle est jeune et en santé, elle va lui donner de beaux enfants et il saura se faire aimer d’elle. Elle aura vite fait d’oublier le prince entre ses bras. Il est un amant patient et tendre, mais surtout, il l’aime… Il a été envoûté par sa beauté à l’instant même où il a posé son regard sur elle, cette première fois à Schwarzau, et même s’il a eu beaucoup d’affection pour sa défunte épouse Élisabeth, mère de ses trois merveilleux enfants, il n’a jamais ressenti de toute sa vie un sentiment aussi fort que celui qui le lie à cette petite. Il a l’étrange sensation qu’elle est celle qu’il attendait depuis toujours.


Rodolphe fait une entrée remarquée, en uniforme du régiment des Uhlans de Brandebourg, accompagné de son épouse laquelle porte une splendide robe d’apparat de couleur grise, les cheveux retenus par un diadème de diamants. Quelques minutes plus tard, l’hymne autrichien salue l’entrée de l’empereur en uniforme de général prussien. Mary est effrayée par la mine épouvantable de Rodolphe qui semble extrêmement triste, l’air abattu, retenant même difficilement ses larmes. Savoir son épouse et sa maîtresse dans la même pièce et connaissant le tempérament impétueux de Mary le rend extrêmement nerveux. Mary fait, durant un bref instant, un mouvement dans sa direction comme pour le rejoindre, mais le regard de glace de sa mère la retient dans son élan.


Elle va et vient entre les invités, avec cette grâce qui lui est si propre et qui donne l’impression qu’elle flotte littéralement, dans une robe de soirée drapée de couleur bleu ciel, agrémentée de fines dentelles jaunes. Sur son bustier, une boucle en diamant attire le regard. Durant la soirée, le regard de Rodolphe se pose plusieurs fois sur elle, mais il ne lui parle pas plus qu’à toutes les autres jeunes personnes présentes.


La soirée se déroule sans incident. Mary danse peu, allant de l’un à l’autre et converse avec intelligence et curiosité. Peu avant son départ, Rodolphe s’entretient un moment avec Hoyos et Coburg afin de définir les dernières modalités concernant leur séjour à Mayerling. Durant tout ce temps, il ne cesse de regarder la jeune Mary qui se tient au milieu de la salle, ce qui n’échappe pas à son épouse.


Jalouse et perfide, cette dernière explose à peine dans le fiacre.


– Quelle humiliation ! Se retrouver dans la même pièce que cette fille ! Tout Vienne sait que tu couches avec cette… Seigneur Rodolphe ! Ce n’est encore qu’une enfant ! La Caspar et toutes tes autres maîtresses ne te suffisaient donc plus ? Il a fallu que tu jettes ton dévolu sur cette pauvre fille. Sait-elle seulement que la maladie dont tu souffres va gâcher sa vie et son espoir d’avoir un jour des enfants comme elle a gâché la mienne ? N’as-tu donc aucune considération ? Tu ne penses donc toujours qu’à toi ?


– Je suis fatigué Stéphanie… si fatigué de tes reproches continuels.

Il n’a plus la force de se battre. Sa lassitude et son manque de réaction énervent encore plus la princesse.


– Et que vas-tu faire lorsque tu te lasseras d’elle ?


– Tu ne comprends donc rien.


– Je comprends que tu es mon mari, devant Dieu et devant les hommes. Jamais tu ne pourras défaire cela. Tu crois que je ne sais pas que tu as fait une demande au Pape pour annuler notre mariage ? Mais qu’espères-tu donc ? Je serai la prochaine impératrice, que tu le veuilles ou non. Je prouverai à tout le monde de quoi est capable la « paysanne flamande » comme ta chère mère daigne m’affubler en me méprisant.


– Tu exagères toujours.


– J’espère seulement pour cette enfant que tu as su faire preuve de plus de prévenance qu’avec moi.


– Je sais être délicat.


– Délicat ! Toi ? Avec ton éducation militaire rigide, tu n’as jamais su donner aucune tendresse, encore moins un semblant d’amour… Serait-ce ta catin qui t’a rendu doux comme un agneau ?


– Il n’est pas nécessaire de l’insulter. Mizi est une amie fidèle.


– Laisse-moi te dire que la fidélité n’existe d’aucune manière en ce bas monde. Allons, Rodolphe, tu n’as jamais eu aucune considération pour aucune femme. Ce brave Bombelles t’a bien éduqué… Dès que tu as pu les mettre dans ton lit, tu les remercies toutes avec un cadeau… quoi donc ? Ha oui… un étui à cigarettes. Alors, qu’offriras-tu à la petite Vetsera lorsque tu en seras las ?


– Cela suffit Stéphanie.


Mais il ne l’écoute déjà plus. Son attitude hystérique ne peut plus le toucher. Il pense à Mary, sa Mary, si belle ce soir… Elle lui manque déjà… Après avoir déposé sa femme à la Hofburg, il repart et passe le reste de la nuit chez Mizi. Elle est toujours disponible, souriante, fraîche. Ils passent la nuit à parler, elle le serrant dans ses bras. Au petit matin, il la remercie et fait, contrairement à son habitude, car nullement croyant, un signe de croix sur son front.

– Je t’aimerai toujours Mizi. Tu es ma meilleure amie.


C’est avec ces mots qu’il prend congé de la jeune femme. Le jour précédent, il avait fait mettre à son nom la maison dans laquelle il l’avait installée quelques mois auparavant.

…….

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